Le Racing Métro 92, "mon équipe" de rugby s'en est est allée chiper à Mont-de-Marsan la seconde place du championnat de Pro D2, en battant Aurillac 46 à 0. Oui vous avez bien lu : quarante-six points à zéro ! "La cabane était tombé sur le chien" dès la première période.

Yeees ! Raaah lovely ! Yaaaaaaargooooglaaaay !

Bon, c'est vrai que c'était compter avec l'alliance objective des Béarnais de Pau (encore un sombre complot ourdi par le MoDem ? Gnark gnark gnark !) qui sont allés battre Toulon - l'actuel leader du championnat - d'un seul petit point. Tant pis si ce n'est qu'une victoire à la Pyrrhus, c'est une victoire quand même et elle arrange bien nos affaires ! Néanmoins, j'ai lu dans le MIDOL qu'à la fin du match, les deux équipes avaient sorti la "boîte à gifles". Fort heureusement, le temps qu'elle se referme aussi vite qu'elle s'était ouverte, le public, bien plus intelligent, avait déjà quitté le stade pour aller commencer la troisième mi-temps sans les 30 dadais. Ils ont eu raison : ça leur faisait plus à manger et à boire !

Je vous rassure, je ne suis pas du tout un type violent ; pas physiquement en tous cas. Exit donc le panem et circenses qui n'est pas mon truc (quoique je ne dis pas non à une une bonne tranche de panem avec un sympathique accompagnement dessus : de l'ail et de l'huile d'olive, du camembert au lait cru, des sardines à l'huile d'olive et au jus de citron, des rillettes maison de porc fermier de mes beaux-parents sarthois...). Aussi, si nous étions ravis de savoir la victoire acquise à notre équipe, assister littéralement à une crucifixion en live, au bout d'un moment, ça vous lasse et même on en vient à éprouver une sorte de syndrome de Stockholm pour les pauvres types qui se font étriller par votre Racing. Il y a même une expression américaine que j'aime bien : to have a soft spot for the underdogs et qui est assez parlante pour ne pas avoir besoin d'être traduite lorsqu'on sait que "underdogs" veut dire "moins que des chiens" ! ;-)

Donc, pendant la majeure partie de la seconde période et pourtant affublés de nos écharpes ciel et blanc de supporters du Racing, nous nous mîmes - contre toute attente - à espérer qu'Aurillac inscrive au moins un essai ou drop qu'importe mais qu'il sauve son honneur et qu'ils ne rentre pas "fanny" dans ses brumes cantaliennes...

Malheureusement, notre soutien dut être insuffisant : ils devaient manquer d'aligot-éléments ces deux-là ! Mais c'est vrai que j'avais une rhinopharyngite qui m'empêchait de beugler comme un veau et que Bruno rentrait d'un lointain et exotique voyage professionnel et qu'il était encore tout "ensuqué" par le décalage horaire !

Le plus cruel est pour la fin. Il faut savoir que les Ciel et Blanc comptaient 3 Reichel sur les 15 joueurs. C'est bien pour eux : les "taurillons" ont pu se frotter les cornes et on ne progresse que dans la difficulté. Mais c'est une humiliation supplémentaire pour Aurillac : étrillés 46 à rien par 15 Racingmen dont 3 juniors !

Serions nous deux traîtres professionnels ? Des timorés manquant de constance dans notre soutien au Racing ? Naaaaan ! Si vous ne le savez pas, il est une règle tacite fondamentale au rugby : les supporters des différentes équipes sont mélangés dans les gradins, sans grillage de séparation (on n'est pas au foot tout de même !) et encourager son équipe ne veut pas dire oublier d'être rigoureusement fair-play ou tout simplement être capable de saluer - par ses applaudissements - une belle action, fut-elle réalisée par l'équipe adverse. C'est pourquoi, sauf circonstances exceptionnelles (c.-à-d. une erreur d'arbitrage manifeste sans qu'icelui ait l'intelligence de remettre sa décision en cause en question via la vidéo) on se doit moralement d'applaudir - à défaut, c'est qu'on n'est qu'un moins que rien - lorsque l'équipe adverse marque ou transforme un essai, réussit une pénalité ou un drop. Et si ça nous est trop insupportable d'avoir une telle ouverture d'esprit, on se doit au minimum de rester coi par respect pour celles (beaucoup de groupes de copines de tous âges viennent assister aux matchs, des jeunes, des vieilles...) et ceux qui en sont eux tout à fait capables. D'ailleurs, de plus en plus de familles viennent et j'ai même assisté une fois à une scène adorable : une maîtresse femme d'au moins un bon quintal, allaitant son bébé tout en encourageant son équipe ! ["Mais j'vous jure madame, mais j'vous jure ! Ah, ne jurez pas Marie-Thérèse, ne jurez pas !"]. La vie au rugby, est aussi un long fleuve tranquille fait de victoires et de défaites, rarement de matchs nuls... mais toujours de passion voire même de troisièmes mi-temps ! Mais c'est une passion qui sait elle se contenir : "un sport de voyous joué par des gentlemen". Donc, forts de l'idéal chevaleresque [ben voyons...], nous nous sommes refusés d'enfoncer par nos gesticulations et nos vociférations  "racingophiles" de  pauvres bougres qui avaient de toutes façons la tête sous l'eau !

Je ne tirerai pas sur l'ambulance du football professionnel et pourtant l'actualité offre des occasions tellement tentantes... J'émets juste le voeu que le rugby professionnel garde son esprit amateur "à la papa" et que les instances nationales du football appliquent la même méthodologie que celle employée par ses homologues britanniques pour vider ses écuries d'Augias. Le cas échéant, il se pourrait qu'un jour je retourne assister à un match de football. A défaut, le désamour déjà consommé depuis longtemps risque de devenir définitif. Comme on dit à Limoges : "On ne peut pas forcer à boire un âne qui n'a pas soif".