Les deux du stade
Par Charles le mardi 1 avril 2008, 00:10 - Contes de la vessie ovale - Lien permanent
Samedi soir, en notre bon vieux stade Yves-du-Manoir, nous avons vécu un moment extraordinaire, "rugbystiquement" parlant avec Bruno, un copain avec qui nous nous étions retrouvés par hasard, mais quand on aime le rugby, on ne reste jamais seul bien longtemps dans les gradins !
Yeees ! Raaah lovely ! Yaaaaaaargooooglaaaay !
Bon, c'est vrai que c'était compter avec l'alliance objective des Béarnais de Pau (encore un sombre complot ourdi par le MoDem ? Gnark gnark gnark !) qui sont allés battre Toulon - l'actuel leader du championnat - d'un seul petit point. Tant pis si ce n'est qu'une victoire à la Pyrrhus, c'est une victoire quand même et elle arrange bien nos affaires ! Néanmoins, j'ai lu dans le MIDOL qu'à la fin du match, les deux équipes avaient sorti la "boîte à gifles". Fort heureusement, le temps qu'elle se referme aussi vite qu'elle s'était ouverte, le public, bien plus intelligent, avait déjà quitté le stade pour aller commencer la troisième mi-temps sans les 30 dadais. Ils ont eu raison : ça leur faisait plus à manger et à boire !
Je vous rassure, je ne suis pas du tout un type violent ; pas physiquement en tous cas. Exit donc le panem et circenses qui n'est pas mon truc (quoique je ne dis pas non à une une bonne tranche de panem avec un sympathique accompagnement dessus : de l'ail et de l'huile d'olive, du camembert au lait cru, des sardines à l'huile d'olive et au jus de citron, des rillettes maison de porc fermier de mes beaux-parents sarthois...). Aussi, si nous étions ravis de savoir la victoire acquise à notre équipe, assister littéralement à une crucifixion en live, au bout d'un moment, ça vous lasse et même on en vient à éprouver une sorte de syndrome de Stockholm pour les pauvres types qui se font étriller par votre Racing. Il y a même une expression américaine que j'aime bien : to have a soft spot for the underdogs et qui est assez parlante pour ne pas avoir besoin d'être traduite lorsqu'on sait que "underdogs" veut dire "moins que des chiens" !

Donc, pendant la majeure partie de la seconde période et pourtant affublés de nos écharpes ciel et blanc de supporters du Racing, nous nous mîmes - contre toute attente - à espérer qu'Aurillac inscrive au moins un essai ou drop qu'importe mais qu'il sauve son honneur et qu'ils ne rentre pas "fanny" dans ses brumes cantaliennes...
Malheureusement, notre soutien dut être insuffisant : ils devaient manquer d'aligot-éléments ces deux-là ! Mais c'est vrai que j'avais une rhinopharyngite qui m'empêchait de beugler comme un veau et que Bruno rentrait d'un lointain et exotique voyage professionnel et qu'il était encore tout "ensuqué" par le décalage horaire !
Le plus cruel est pour la fin. Il faut savoir que les Ciel et Blanc comptaient 3 Reichel sur les 15 joueurs. C'est bien pour eux : les "taurillons" ont pu se frotter les cornes et on ne progresse que dans la difficulté. Mais c'est une humiliation supplémentaire pour Aurillac : étrillés 46 à rien par 15 Racingmen dont 3 juniors !
Serions nous deux traîtres professionnels ? Des timorés manquant de constance dans notre soutien au Racing ? Naaaaan ! Si vous ne le savez pas, il est une règle tacite fondamentale au rugby : les supporters des différentes équipes sont mélangés dans les gradins, sans grillage de séparation (on n'est pas au foot tout de même !) et encourager son équipe ne veut pas dire oublier d'être rigoureusement fair-play ou tout simplement être capable de saluer - par ses applaudissements - une belle action, fut-elle réalisée par l'équipe adverse. C'est pourquoi, sauf circonstances exceptionnelles (c.-à-d. une erreur d'arbitrage manifeste sans qu'icelui ait l'intelligence de remettre sa décision en cause en question via la vidéo) on se doit moralement d'applaudir - à défaut, c'est qu'on n'est qu'un moins que rien - lorsque l'équipe adverse marque ou transforme un essai, réussit une pénalité ou un drop. Et si ça nous est trop insupportable d'avoir une telle ouverture d'esprit, on se doit au minimum de rester coi par respect pour celles (beaucoup de groupes de copines de tous âges viennent assister aux matchs, des jeunes, des vieilles...) et ceux qui en sont eux tout à fait capables. D'ailleurs, de plus en plus de familles viennent et j'ai même assisté une fois à une scène adorable : une maîtresse femme d'au moins un bon quintal, allaitant son bébé tout en encourageant son équipe ! ["Mais j'vous jure madame, mais j'vous jure ! Ah, ne jurez pas Marie-Thérèse, ne jurez pas !"]. La vie au rugby, est aussi un long fleuve tranquille fait de victoires et de défaites, rarement de matchs nuls... mais toujours de passion voire même de troisièmes mi-temps ! Mais c'est une passion qui sait elle se contenir : "un sport de voyous joué par des gentlemen". Donc, forts de l'idéal chevaleresque [ben voyons...], nous nous sommes refusés d'enfoncer par nos gesticulations et nos vociférations "racingophiles" de pauvres bougres qui avaient de toutes façons la tête sous l'eau !
Je ne tirerai pas sur l'ambulance du football professionnel et pourtant l'actualité offre des occasions tellement tentantes... J'émets juste le voeu que le rugby professionnel garde son esprit amateur "à la papa" et que les instances nationales du football appliquent la même méthodologie que celle employée par ses homologues britanniques pour vider ses écuries d'Augias. Le cas échéant, il se pourrait qu'un jour je retourne assister à un match de football. A défaut, le désamour déjà consommé depuis longtemps risque de devenir définitif. Comme on dit à Limoges : "On ne peut pas forcer à boire un âne qui n'a pas soif".

Commentaires
Tututut, ton "Midol" aurait-il oublié de mentionner le dénouement du match de Mont-de-Marsan, qui a permis au Racing de prendre la deuxième place ?
Tu ne vois pas à quoi je fais allusion ? Mais si, enfin, tu sais bien, cette rencontre qui s'est terminée en bagarre de rue entre joueurs et supporters qui ont envahi le terrain, comme de vulgaires amateurs de foot… Plusieurs blessés, des plaintes déposées…
A Agen, les "gentlemen" n'étaient ni sur le terrain, ni dans les tribunes… Peut-être qu'ils jouaient au foot ! :-))
Bien vu ! Hé Hé Hé...
Le seul truc c'est que c'est annoncé à la page 14 du MIDOL. Or, il y a tellement à lire dans le Midi olympique (44 pp. en format A3) que je n'en suis pas encore là !
Blague à part, que le rugby s'abaisse à de tels débordements footballistiques, c'est nul. Si ça continue, j'irai voir des matchs de hockey sur gazon ou de badminton, na !
Bonjour,
Mon fils Bruno m' a transmis votre adresse et votre commentaire sur le match de dimanche, bravo à votre équipe !
Concernant le fair-play au rugby il semblerait malheureusement qu' il se perde. D'après ce que j' ai entendu, 2 matchs du top 14 se sont terminés par des batailles rangées entre joueur ce WE. Vous me direz, ce sont des pros, nous au racing nous sommes des amateurs, O.K. mais il n' en demeure pas moins.
Mais c' est une passion qui sait elle se contenir : "un sport de voyous joué par des gentlemen". Ca s' était hier et même avant-hier.
Quoiqu' il en soit, je reconnais que le foot que je suis depuis plus de 55 ans commence à me peser (combines, erreurs d' arbitrage, refus de la vidéo...) il serait temps qu' ils se décident à faire des réformes. J' étais presque prêt à me rallier au rugby mais je crois que c' est trop tard, reste le curling... et encore.
Cordialement et bravo pour votre enthousiasme.
Papa Baciotti.
@ Papa Baciotti
Merci encore pour votre si sympathique et très agréable message !
Je me permets juste, pour les fidèles lecteurs, d'apporter les précisions suivantes :
Il y a effectivement eu deux bagarres ce week-end mais toutes les deux ont eu pour cadre le championnat de France de rugby de Pro D2 et plus particulièrement lors des derbies Toulon/Pau et Mont-de-Marsan/Agen.
De tels comportements de sportifs professionnels sont aussi inqualifiables que le fameux "coup de boule" de Zinedine Zidane à Marco Materazzi lors de la récente Coupe du monde de football ! Et ce, même si Materazzi n'est qu'un sinistre abruti qui avait poussé Zidane dans ses ultimes retranchements. Bien entendu, Zidane a agi en homme mais il aurait dû agir en sportif, en capitaine d'équipe, qui plus est. Mais ne refaisons pas le passé et revenons à la récente actualité "rugbyistique"...
Au-delà des éventuelles sanctions individuelles pour les fauteurs de troubles qui j'espère seront très lourdes, je forme le voeu que chacun des quatre clubs incriminés se fasse "sucrer" équitablement un point au classement général avec sanction lourde financière (pour financer le développement du rugby et de ses nécessaires infrastructures dans les zones lacunaires). Cela devrait calmer les esprits durablement et obliger les joueurs et les dirigeants de tous les clubs (mais aussi par capillarité, les supporteurs) à adopter à nouveau une attitude digne des valeurs du sport en général et du rugby, en particulier.
Seconde précision, le Racing Métro 92 est un club sportif professionnel et non amateur.
Agréable article sur la rugby.
Il faudrait vraiment que j'aille voir un match du Racing.
A l'époque (il y a longtemps...), j'allais voir le Racing à Jean Boin, voir Taffary, Gourdon et consorts.
Le Fair Play oui, of course sauf contre lez XV de la Rose. C'est trop dur.
@ Bixente,
C'est vrai qu'au rugby il n'y a rien de meilleur qu'un une bonne tranche de roastbeef !
Deux conceptions de jeu diamétralement opposées : le nôtre ayant le plus de panache, le plus de folle beauté ; le leur, plus insipide, plus opportuniste ayant été - et il m'en coûte de l'avouer ! - plus payant, jusqu'à présent...