I have a dream...
Par Charles le vendredi 4 avril 2008, 07:15 - Les tripes à l'air - Lien permanent
A moins de faire partie du Kop Boulogne ou de débarquer d'une autre galaxie, je vous passerai donc le bref rappel biographique de ce faiseur de paix, de cet homme de foi, de cet activiste politique, de ce militant de la cause afro-américaine en particulier et de l'égalité, de la liberté et de la fraternité humaines, en général.
Bon, si vous avez un trou de mémoire, c'est que vous manquez sans doute de
phosphore, de magnésium et d'omégas 3. Je ne saurais assez vous recommander
d'aller faire un petit tour chez mon poissonnier. En attendant, vous pourrez en
savoir plus en allant là.
Maintenant, je vais poursuivre ce billet par une illustration concrète de ce
que fut la ségrégation raciale aux Etats-Unis et plus précisément à la fin des
années cinquante/soixante et comment elle a marqué les esprits
insidieusement...
- Michaël Moore y est né [de même que le paternel de votre serviteur mais ça on l'a déjà dit ! et votre serviteur aussi] ;
- General Motors dont le siège social était à Detroit, y avait ses plus importants sites de production automobile [le grand-père de votre serviteur y fut ouvrier toute sa vie durant] ;
- quant à la troisième, et bien... euh ! je la cherche encore.
Il y a encore quelques années de cela, mon paternel était fonctionnaire au ministère de la Justice de l'Etat de Virgine. Je dis "Etat" en français mais attention ! il ne faut pas le traduire par l'anglais State, la Virginie étant un commonwealth, sans pour autant faire partie du Commonwealth of Nations, bien british celui-là !
Mais revenons à mon paternel...
A l'occasion d'un repas de service, une de ses collègues et lui, peut être emportés par l'âge de leurs artères et la folle ambiance de la vie de bureau, se mirent à parler de leur jeunesse respective et de leurs années lycée :
- elle, à Richmond, en Virginie (N. B. la Virginie fut un Etat ségrégationniste ayant adopté les lois dites "Jim Crow", très largement inspirées du Code noir, bien français, celui-là...) ;
- mon paternel, à Flint, dans le Michigan (N. B. le Michigan n'était pas un Etat ségrégationniste).
Rendez-vous fut pris le lendemain - entre doughnut et lavasse-crème artificelle qu'ils osent nommer "café" pour une séance de "prête moi ton manuel d'histoire et je te montrerai... mon manuel de chimie" [z'êtes vraiment obsédés par la chose ce matin !]. Bien qu'il le niera jusqu'à son dernier souffle, mon père à ce je-ne-sais-quoi de flegmatique un peu pince-sans-rire qu'avait également Alfred Hitchcock, qui le fait ressembler à Droopy, bien qu'il soit très drôle et plein d'humour, enfin... à sa manière.
La collègue de mon père devint hystérique [bande de cochons, je n'ai pas dit qu'elle avait des fureurs utérines !] lorsqu'elle se rendit compte qu'elle et mon père avait le même manuel d'histoire-géographie. Toute émoustillée [vous devriez essayer le bromure pour essayer de vous calmer !], elle ouvrit le manuel de mon père et le parcourut avec la gourmandise d'une jouvencelle [cessez immédiatement ces regards concupiscents !] recevant une lettre de son bellâtre [ je vais peut être me faire poète, moi tiens ! Tagada pouet-pouet !]. Puis, tout à coup, elle devint livide, blêmit, semblant très affectée par ce qu'elle voyait et se mit à pleurer sans pouvoir s'arrêter. Elle semblait revivre un souvenir très douleureux, un réel trauma...
N'écoutant que son courage d'ancien boy scout of America, mon paternel lui tendit un mouchoir en papier et un verre d'eau - en veillant que la porte du bureau soit scrupuleusement ouverte [N. B. lui saisir chastement la main ou lui faire un simple et amical câlin eut une "situation inappropriée" et aurait pu être passible de soupçons d'harcelement sexuel].
Après qu'elle eut retrouvé ses esprits, mon père lui demanda pourquoi elle avait fondu en larmes en parcourant son livre d'histoire-géographie.
Sa réponse fusa : "J'avais exactement le même livre d'histoire-géographie que toi. Même classe, même éditeur, même couverture... sauf qu'étant lycéenne afro-américaine dans un Etat ségrégationniste, les photos, les illustrations ne représentaient que des Blancs, jamais de Noirs."
Or, dans celui de mon père, qui a suivi toute sa scolarité dans le Michigan - Etat qui ne pratiquait pas la ségrégation raciale - et qui est tellement blanc que c'est à croire qu'il a pris un bain d'eau de javel quotidien quand il était tout petit - il y avait des photos de toutes sortes de Nord-Américains - ou pour les plus zélotes de nos fidèles lecteurs, d'Etats-Uniens - : des Blancs, des Noirs, des Jaunes, des Indiens, des Hispaniques... le melting pot, quoi !
Avant le combat lancé par Martin Luther King Jr, il y avait deux pays en un seul, l'un ne voulant pas voir l'autre, l'autre n'ayant pas d'autre choix de vie que celui de ne pas être vu de celui qui niait son existence même. La transparence pour toute perspective...
In memoriam.
Liens utiles :
texte original du discours et sa traduction en français
vidéo du discours
Commentaires
Merci pour ce joli "post-it Mémoire"...au delà d'être (encore) nécessaire, c'est "as usual" agréable à lire
Jusqu'en 1962 la France etait segregationniste. Dans un beau departement de France, qui s'appelait l'Algerie - oui, moi aussi j'ai des histoires sur mon paternel -il y avait 2 categories de population : les "Francais" et les "Musulmans". Et notre belle nation, qui deja donnait de belles lecons de droit de l'homme, pratiquait tranquillement le developpement separe, l'emploi public, les prestations sociales, l'acces a l'enseignement etait different, suivant l'origine de naissance.
Heureusement tout ca est termine, et les etrangers vivant dans notre pays sont bien acceptes, sauf s'ils sont roumains, Africain, ou d'ailleurs. Comme disait Agecanonix : je n'ai rien contre les etrangers, beaucoup de mes amis sont des etrangers, mais ceux-la ils ne sont pas de chez nous.
tres jolie histoire, by the way
Hello Olivier,
Tu as raison de rappeler ce qui est tu tant par beaucoup de Pieds-noirs que par des appelés du contingent, lors des "événements d'Algérie" qui était alors, ne l'oublions pas, un département français...
Comme je l'ai écrit un peu plus haut, le tristement célèbre Code noir qui a servi de modèle a tant d'oppressions est un création... française.