42 195 mètres plus loin et 225 minutes plus tard...
Par Charles le vendredi 11 avril 2008, 08:00 - Les tripes à l'air - Lien permanent
Celles et ceux qui ne sont au nombre des fidèles lecteurs de ce blog ou de ma famille, de mes amis, de mes copains, de mes collègues de travail, de mes voisins ou qui ne sont pas... mon poissonnier, ne peuvent pas savoir que dimanche dernier, votre serviteur a participé au 32e marathon de Paris.
Ah ! les joies du sport... Ah ! Juvénal et son fameux Mens sana in
corpore sano
...
Ouais enfin bon, on ne se taperait pas 42,195 kilomètres tous les jours, même
si c'est toujours jubilatoire de pouvoir se réapproprier les rues de Paname
[et de faire pipi sur les Champs Elysées, en plein jour, à 2 mètres d'un
CRS hilare pour l'occasion] et toujours émouvant à la fois d'entendre le
rotor de l'hélicoptère qui se met en position pour filmer le départ de cette
véritable marée humaine et la sono qui arrose toute l'ïle-de-France de bande
originale du film Les Chariots de feu. Sacré Vangelis !
Pensez donc [et en avant les chiffres !] :
- 31 177 inscrits, dont :
- 5 871 femmes,
- 29 396 hommes,
- 14 416 provinciaux,
- 10 374 franciliens,
- 10 099 étrangers de 95 nationalités ;
- 29 706 partants [il y a donc 8 471 personnes qui ont chacune payé entre 53,00 € et 85,00 € pour avoir le droit de souffrir volontairement en courant 42 bornes dans Paris qui ne se sont pas présentées au départ !] ;
- 28 844 arrivants.
Et n'oublions pas la logistique, parce qu'un marathon c'est aussi :
- 9 points de ravitaillement, avec :
-
- 17 000 kg sur le parcours + 30 000 bananes à l'arrivée !
- 17 000 kg d'oranges sur le parcours + 30 000 oranges à l'arrivée !
- 436 800 bouteilles d'eau !
- 2 000 kg de fruits secs !
- 2 000 kg de sucre en morceaux !
- 7 points d'épongement et 30 000 éponges distribuées ;
- 70 points d'animation musicale (jazz bands, batucadas...)
- 20 000 assiettes de pâtes distribuées la veille, à la Pasta Party,
- 3 000 tenues Reebok distribuées à l'organisation et aux volontaires,
- plus de 50 000 cadeaux/échantillons distribués au public sur le parcours par les partenaires,
- 50 véhicules utilisés pour l’organisation,
- 6 postes de secours + 1 poste de secours/massage sur 100 m à l'arrivée.
Je voulais juste rendre un hommage à tous les participants qui sont allés au bout de la distance en allant au bout d'eux-mêmes. Et le temps, quel qu'il soit, qu'ils ont réalisé importe tellement peu...
Contrairement à d'autres sportifs, le marathonien peut être un homme, une femme, un minot de 18 ans ou un pépé "vétéran 4" de plus 80 balais, un grand baraqué glabre ou un petit gros chevelu, une personne valide ou une personne handicapée.
Je voudrais insister sur ce point car à mon sens, ce sont les "handisports" les véritables champions. Eux qui courent deux fois.
Une fois, pour couvrir la distance, comme n'importe quelle personne valide et une autre fois, contre la vie qui ne leur a pas fait de cadeau.
Quoi ? le type dans son fauteuil roulant a poussé son fauteuil de ses seuls bras, tout seul pendant 42,195 km ?
Quoi ? cet aveugle, relié par une simple ficelle au poignet avec un coureur-guide a parcouru sans canne 42,195 km ?
Quoi ? Ces volontaires joyeux et fous à la fois d'une association, dont j'ai oublié le nom - sinon qu'elle nous venait de la Manche - ont poussé le fauteuil roulant de gamins atteints de je ne sais plus quelle atroce maladie génétique rare, juste pour le plaisir de leur faire plaisir ; effaçant temporairement leur souffrances incurables et disant à la face du monde : regardez comme ils sont beaux et heureux malgré leur difformité. Ce sont nos enfants, ce sont vos enfants et ils sont si fiers d'être au coeur même du marathon de Paris !
"Nous sommes différents, par nature, des autres hommes. Si vous voulez gagner quelque chose, courez le 100 mètres. Si vous voulez vivre une autre vie, courez le marathon." (Emil Zàtopek).
P.S. : Un peu avant le départ de la course et à mi-parcours, des militants des Droits de l'homme distribuaient un autocollant que la majorité des coureurs ont accepté de se coller dans le dos. Elle portait la citation suivante : "J'aime courir. Je ne piétine pas les Droits de l'homme", sur fond de drapeau chinois stylisé. En ces temps très troublés par l'actualité tibétaine et olympique, cette initiative toute simple me semble être d'importance...
Commentaires
Et alors, heureux de ta propre performance ?
Salut Olivier,
Et bien ma foi, oui. Je suis passé de 3 h 48 (2007) à 3 h 45 (2008). Petit à petit, je progresse ! Vivement mon 80e anniversaire !