Lettres de non-motivation
Par Charles le dimanche 26 octobre 2008, 23:59 - Tulalululu ? - Lien permanent
Il y a des jours, on aimerait extérioriser sa colère, son ressentiment sans tabou, sans limite d'aucune sorte : hurler à la face du monde pour ne pas devenir fou...
Il suffit d'allumer son poste de télévision ou sa radio pour entendre que
tout va de travers, économiquement parlant. Les bourses mondiales plongent. Les
gouvernements des pays développés injectent des milliards dans leurs banques
afin de leur permettre de continuer à jouer leur rôle de prêteurs aux
entreprises et éventuellement aux particuliers ("quand le bâtiment va, tout va"
!). De grandes entreprises font faillite et dégraissent ou dégraissent pour ne
pas faire faillite. Et les pays les moins avancés s'enfonceront - jour après
jour - de plus en plus... Bref, c'est la r-é-c-e-s-s-i-o-n !
Pas besoin de vous faire un dessin : l'homme semble n'être - parmi l'ensemble
des paramètres économiques - qu'une simple variable d'ajustement au sein d'un
plus vaste ensemble ne lui faisant - et c'est un euphémisme - que très peu de
place et ne lui portant pas plus de considération que le budget pub', le budget
café ou le budget papier toilette...
Peut être avez-vous connu, connaissez-vous ou connaîtrez-vous, la cruelle
épreuve du chômage. Sentiment d'humiliation, perte de revenus, baisse de niveau
de vie, (pseudo) amis ou même famille se détournant de vous, mauvaise estime de
soi, piètre opinion de la vie, de nos gouvernants, des élections et de la
politique en général... faire la liste de tous les sentiments passant pas la
tête d'une personne au chômage serait bien difficile et prétentieux ;
réagissant tous différemment, devant une situation identique... Alors, pour ne
pas perdre pied, pour conserver sa dignité, et plus prosaïquement pour
"bouffer", le chômeur doit tous les jours se transformer en chercheur
d'emploi.
Ceux qui traversent ou qui ont traversé cette cruelle épreuve savent que c'est
- paradoxalement - un dur labeur, un travail à plein temps que de (re)trouver
un emploi. C'est aussi vrai pour les fameux "jeunes diplômés" (quel que soit le
diplôme, d'ailleurs) à qui l'on demande de l'expérience alors qu'ils sortent -
frais émoulus - de l'école... Pourtant c'est bien connu, "aux âmes bien nées,
la valeur n'attend point le nombre des années". Mais il faut croire que chez
nous, les gens sont "castés" par des murs invisibles mais réellement
discriminants...
Un des principaux moyens pour retrouver un emploi est donc soit de faire des
candidatures spontanées, soit de répondre à des offres d'emploi parues dans la
presse ou sur des sites Internet spécialisés. Et là, on entre parfois dans la
quatrième dimension quand on lit le niveau des exigences de ou les conditions
d'emploi proposées par certains annonceurs...
L'artiste contemporain a ceci de primordial, comme le bouffon du roi sous la
monarchie (ou comme le faisait de manière inégalée depuis leur disparition, les
très regrettés Coluche et Pierre Desproges), qu'au-delà de la seule
démarche esthétique, il interpelle chacun de nous sur notre condition humaine.
Que faîtes-vous de vos vies ? Que faîtes-vous de la vie des autres ? L'artiste
nous aiguillonne pour nous faire réagir puis agir, chaque homme devant être
maître de son destin ; tant il est vain de demander à autrui de faire en sorte
de changer sa propre existence, à sa place - sans s'investir complètement dans
ce changement - semble misérablement veule...
A l'ère du "travailler plus pour gagner plus" et du travail le dimanche qu'on
veut insidieusement généraliser, Julien Prévieux, jeune artiste
plasticien s'est donc attelé à la tâche : il a répondu "Non ! Je ne
veux pas du travail aux conditions dégradantes que vous me proposez."
à des centaines d'offres d'emploi, se mettant dans la peau de personnes
différentes, représentatives de notre société. Parfois il a reçu des réponses.
Parfois, non. Parfois étaient-elles personnalisées et souvent, il ne s'agissait
que de réponses-types.
Il a sélectionné les meilleures d'entre-elles et les a publiées sous la forme
d'un livre (Lettres de non-motivation, Julien Prévieux, éd. La
Découverte/Zones, isbn : 9782355220098). Ce dernier est consultable
dans sa version intégrale dans deux supports distincts :
Au-delà de l'humour (un peu de premier degré ne fait pas de mal, bien au
contraire !), il a su attirer notre attention sur la façon dont les agents
économiques s'attendaient à ce que les simples "variables" que nous sommes tous
s'adaptent à elles. Le résultat est grandiose, mûr et réfléchi. Il ne s'agit en
aucun cas de la démarche d'un zozo relevant de la psychiatrie ou d'un fainéant
patenté mais c'est bien celle d'un homme qui nous incite à ne pas tout
à ne pas nous sacrifier aux exigences d'une machine devenue folle et
incontrôlable.
A lire d'urgence !
P. S. : La démarche éditoriale est celle du lyber. En gros, vous êtes libre de
lire gratuitement le texte intégral, sur l'écran de votre ordinateur ou si vous
préférez, vous pouvez acheter le livre dans sa version imprimée chez votre
libraire préféré (rappel aux habitants de Colombes sur l'existence de
l'excellente librairie Les Caractères
: 17, rue du maréchal Joffre ; c'est au-dessus du marché du
centre-ville). Cette approche originale permet au livre d'être
lui-même son principal prescripteur. C'est un peu comme si au marché, on vous
laissait manger toute une grappe de raisin et pas seulement un grain pour
savoir s'il est bon ou pas !
