Il suffit d'allumer son poste de télévision ou sa radio pour entendre que tout va de travers, économiquement parlant. Les bourses mondiales plongent. Les gouvernements des pays développés injectent des milliards dans leurs banques afin de leur permettre de continuer à jouer leur rôle de prêteurs aux entreprises et éventuellement aux particuliers ("quand le bâtiment va, tout va" !). De grandes entreprises font faillite et dégraissent ou dégraissent pour ne pas faire faillite. Et les pays les moins avancés s'enfonceront - jour après jour - de plus en plus... Bref, c'est la r-é-c-e-s-s-i-o-n !

Pas besoin de vous faire un dessin : l'homme semble n'être - parmi l'ensemble des paramètres économiques - qu'une simple variable d'ajustement au sein d'un plus vaste ensemble ne lui faisant - et c'est un euphémisme - que très peu de place et ne lui portant pas plus de considération que le budget pub', le budget café ou le budget papier toilette...

Peut être avez-vous connu, connaissez-vous ou connaîtrez-vous, la cruelle épreuve du chômage. Sentiment d'humiliation, perte de revenus, baisse de niveau de vie, (pseudo) amis ou même famille se détournant de vous, mauvaise estime de soi, piètre opinion de la vie, de nos gouvernants, des élections et de la politique en général... faire la liste de tous les sentiments passant pas la tête d'une personne au chômage serait bien difficile et prétentieux ; réagissant tous différemment, devant une situation identique... Alors, pour ne pas perdre pied, pour conserver sa dignité, et plus prosaïquement pour "bouffer", le chômeur doit tous les jours se transformer en chercheur d'emploi.

Ceux qui traversent ou qui ont traversé cette cruelle épreuve savent que c'est - paradoxalement - un dur labeur, un travail à plein temps que de (re)trouver un emploi. C'est aussi vrai pour les fameux "jeunes diplômés" (quel que soit le diplôme, d'ailleurs) à qui l'on demande de l'expérience alors qu'ils sortent - frais émoulus - de l'école... Pourtant c'est bien connu, "aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années". Mais il faut croire que chez nous, les gens sont "castés" par des murs invisibles mais réellement discriminants...

Un des principaux moyens pour retrouver un emploi est donc soit de faire des candidatures spontanées, soit de répondre à des offres d'emploi parues dans la presse ou sur des sites Internet spécialisés. Et là, on entre parfois dans la quatrième dimension quand on lit le niveau des exigences de ou les conditions d'emploi proposées par certains annonceurs...

L'artiste contemporain a ceci de primordial, comme le bouffon du roi sous la monarchie (ou comme le faisait de manière inégalée depuis leur disparition, les très regrettés Coluche et Pierre Desproges), qu'au-delà de la seule démarche esthétique, il interpelle chacun de nous sur notre condition humaine. Que faîtes-vous de vos vies ? Que faîtes-vous de la vie des autres ? L'artiste nous aiguillonne pour nous faire réagir puis agir, chaque homme devant être maître de son destin ; tant il est vain de demander à autrui de faire en sorte de changer sa propre existence, à sa place - sans s'investir complètement dans ce changement - semble misérablement veule...

A l'ère du "travailler plus pour gagner plus" et du travail le dimanche qu'on veut insidieusement généraliser, Julien Prévieux, jeune artiste plasticien s'est donc attelé à la tâche : il a répondu "Non ! Je ne veux pas du travail aux conditions dégradantes que vous me proposez." à des centaines d'offres d'emploi, se mettant dans la peau de personnes différentes, représentatives de notre société. Parfois il a reçu des réponses. Parfois, non. Parfois étaient-elles personnalisées et souvent, il ne s'agissait que de réponses-types.

Il a sélectionné les meilleures d'entre-elles et les a publiées sous la forme d'un livre (Lettres de non-motivation, Julien Prévieux, éd. La Découverte/Zones, isbn : 9782355220098). Ce dernier est consultable dans sa version intégrale dans deux supports distincts :

  1. une version en ligne et gratuite ;
  2. une version imprimée payante.

Au-delà de l'humour (un peu de premier degré ne fait pas de mal, bien au contraire !), il a su attirer notre attention sur la façon dont les agents économiques s'attendaient à ce que les simples "variables" que nous sommes tous s'adaptent à elles. Le résultat est grandiose, mûr et réfléchi. Il ne s'agit en aucun cas de la démarche d'un zozo relevant de la psychiatrie ou d'un fainéant patenté mais c'est bien celle d'un homme qui nous incite à ne pas tout à ne pas nous sacrifier aux exigences d'une machine devenue folle et incontrôlable.

A lire d'urgence !

P. S. : La démarche éditoriale est celle du lyber. En gros, vous êtes libre de lire gratuitement le texte intégral, sur l'écran de votre ordinateur ou si vous préférez, vous pouvez acheter le livre dans sa version imprimée chez votre libraire préféré (rappel aux habitants de Colombes sur l'existence de l'excellente librairie Les Caractères : 17, rue du maréchal Joffre ; c'est au-dessus du marché du centre-ville). Cette approche originale permet au livre d'être lui-même son principal prescripteur. C'est un peu comme si au marché, on vous laissait manger toute une grappe de raisin et pas seulement un grain pour savoir s'il est bon ou pas !