Jugez par vous-même : avec un taux de participation de seulement 22 % et donc - pour les nuls en maths - un taux d'abstention de 78 %, le scrutin du dimanche 8 mars 2009 [1er tour de l'élection du conseiller général du canton de Colombes nord-ouest] n'a pas su mobiliser les foules, et c'est un euphémisme !

Alors bien entendu, en parcourant la blogosphère colombienne, on peut lire ici ou là que l'élection est "pliée", parce qu'au premier tour :

  • la "Gauche - désassemblée" (des assemblées ? hi hi hi ! c.-à-d. PS + PCF + Verts/Motivé-e-s + SE/PRG) a obtenu 62,9 %,
  • la "Droite sarkolâtro-gaulliste" (UMP + DLR) quant à elle, réalise 31,3 % des suffrages exprimés et enfin,
  • le Centre, avec le MoDem et ses 5,8 % confirme son score de 2004, sans varier à la hausse (quel dommage !) ou à la baisse (tant mieux !).

Au nom de la méthode Coué, la seule force d'inertie capable de transcender le clivage Gauche/Droite, les premiers se donnent déjà vainqueurs du second tour. C'est certes très fortement probable mais ce n'est pas très respectueux pour  :

  • les électeurs du MoDem - libres de leur choix ;
  • les abstentionnistes et,
  • les "second-touristes" [ceux qui ne votent qu'au second tour : il y en a, j'en connais !] qui pourraient peut-être se réveiller et faire jouer à la hausse ou à la baisse les équilibres du premier tour).

Et, les seconds s'enfoncent dans l'aveuglément, au mépris des évidences... Même s'il est vrai qu'avec 22 % de taux de participation, la capacité de progression de ce dernier reste théoriquement très ouverte re-euphémise. Toutefois, pour les miracles, il vaut mieux aller directement à Lourdes !

Ce qui a désespéré le pauvre petit assesseur titulaire que j'étais, c'était :

  • les traditionnelles rodomontades (fort heureusement relativement marginales et bien maîtrisées par la présidence du bureau - fin connaisseur du rugby - pour ne pas perturber le bon déroulement du scrutin) entre la déléguée de l'UMP (et suppléante du conseiller général putatif) et l'assesseur du PCF (et antépénultième conseiller général du canton !) : et voici le Bébête shooooowwwwww... ;
  • les électeurs qui, de manière détournée mais toujours à très haute voix, font des remarques sur les candidats du genre : "qui c'est celui là ?" ou "il est du quartier ?" ;
  • sans oublier - mais il faut bien vivre avec son temps - les laudateurs ou les contempteurs, qui du vote électronique, qui du vote "papier". 

Mais au-delà de l'enjeu de ce scrutin, ce qui m'a surtout atterré c'est le désintérêt flagrant des électeurs pour le simple acte de voter. Je vous passe le laïus et les trémolos sur la nécessité d'honorer la mémoire des Pères fondateurs de la République qui, souvent au péril de leur vie, ont conquis le droit de vote. Bien entendu, il y avait aussi la rude concurrence de Michel Drucker et de son Vivement dimanche, sans oublier celle du tennis, avec un match de Coupe Davis, etc.

Bien entendu, si on ne se retenait pas, on aurait envie de dire aux abstentionnistes d'aller goûter aux charmes de la démocratie à la mode de Tripoli, de Pyongyang, d'Harare, de Khartoum ou de Minsk ; pays où il ne fait pas bon vouloir exercer ses droits fondamentaux, à commencer par un des plus élémentaires d'entre eux : le droit de voter à des élections libres et pluralistes...

Alors, et si la solution nous venait de Belgique ?

Ca y est ? vous avez lu le paragraphe ? Méditons frères et soeurs, et prenons en de la graine, modestement et humblement. Si la loi belge était appliquée en France, les abstentionnistes de l'élection cantonale de dimanche auraient dû payer une amende pour défaut de vote, le montant total des amendes payées - pour le seul canton nord-ouest serait compris entre  :

  • 261 748,50 € (amende à 25,00 €) et
  • 523 497,00 € (amende à 50,00 €), ce qui ne ferait pas de mal aux caisses de l'Etat, en ces temps de disette des finances publiques...

En gros, un peu sur le principe du pollueur-payeur, là, pour chaque scrutin électoral, ça serait le principe de l'abstentionniste-payeur : ainsi, on récolterait de l'argent qui permettrait de prendre en charge tout ou partie des frais d'organisation... d'élections. CQFD !

Ah ! la Belgique : un pays petit par sa surface, grand par sa culture mais surtout, d'un pragmatisme et d'une singularité à toute épreuve !