La victoire en chantant !
Par Charles le mardi 10 mars 2009, 06:55 - Colomblablabla - Lien permanent
Je ne sais pas vous, mais des fois, je me dis que finalement, nous ne sommes que des enfants trop gâtés, trop nourris par les opulentes et généreuses mamelles de la République...
Jugez par vous-même : avec un taux de participation de seulement 22 % et
donc - pour les nuls en maths - un taux d'abstention de 78 %,
le scrutin du dimanche 8 mars 2009 [1er tour de l'élection du conseiller
général du canton de Colombes nord-ouest] n'a pas su mobiliser les foules,
et c'est un euphémisme !
Alors bien entendu, en parcourant la blogosphère colombienne, on peut lire ici
ou là que l'élection est "pliée", parce qu'au premier tour :
- la "Gauche - désassemblée" (des assemblées ? hi hi hi ! c.-à-d. PS + PCF + Verts/Motivé-e-s + SE/PRG) a obtenu 62,9 %,
- la "Droite sarkolâtro-gaulliste" (UMP + DLR) quant à elle, réalise 31,3 % des suffrages exprimés et enfin,
- le Centre, avec le MoDem et ses 5,8 % confirme son score de 2004, sans varier à la hausse (quel dommage !) ou à la baisse (tant mieux !).
Au nom de la méthode Coué, la seule force d'inertie capable de transcender le clivage Gauche/Droite, les premiers se donnent déjà vainqueurs du second tour. C'est certes très fortement probable mais ce n'est pas très respectueux pour :
- les électeurs du MoDem - libres de leur choix ;
- les abstentionnistes et,
- les "second-touristes" [ceux qui ne votent qu'au second tour : il y en a, j'en connais !] qui pourraient peut-être se réveiller et faire jouer à la hausse ou à la baisse les équilibres du premier tour).
Et, les seconds s'enfoncent dans l'aveuglément, au mépris
des évidences... Même s'il est vrai qu'avec 22 % de taux de participation, la
capacité de progression de ce dernier reste théoriquement très ouverte
re-euphémise. Toutefois, pour les miracles, il vaut mieux aller directement à
Lourdes !
Ce qui a désespéré le pauvre petit assesseur titulaire que j'étais, c'était
:
- les traditionnelles rodomontades (fort heureusement relativement marginales et bien maîtrisées par la présidence du bureau - fin connaisseur du rugby - pour ne pas perturber le bon déroulement du scrutin) entre la déléguée de l'UMP (et suppléante du conseiller général putatif) et l'assesseur du PCF (et antépénultième conseiller général du canton !) : et voici le Bébête shooooowwwwww... ;
- les électeurs qui, de manière détournée mais toujours à très haute voix, font des remarques sur les candidats du genre : "qui c'est celui là ?" ou "il est du quartier ?" ;
- sans oublier - mais il faut bien vivre avec son temps - les laudateurs ou les contempteurs, qui du vote électronique, qui du vote "papier".
Mais au-delà de l'enjeu de ce scrutin, ce qui m'a surtout atterré
c'est le désintérêt flagrant des électeurs pour le simple acte de
voter. Je vous passe le laïus et les trémolos sur la nécessité
d'honorer la mémoire des Pères fondateurs de la République qui, souvent au
péril de leur vie, ont conquis le droit de vote. Bien entendu, il y avait aussi
la rude concurrence de Michel Drucker et de son Vivement dimanche,
sans oublier celle du tennis, avec un match de Coupe Davis, etc.
Bien entendu, si on ne se retenait pas, on aurait envie de dire
aux abstentionnistes d'aller goûter aux charmes de la démocratie à la mode de
Tripoli, de Pyongyang, d'Harare, de Khartoum ou de Minsk ; pays
où il ne fait pas bon vouloir exercer ses droits fondamentaux, à commencer par
un des plus élémentaires d'entre eux : le droit de voter à des élections libres
et pluralistes...
Alors, et si la
solution nous venait de Belgique ?
Ca y est ? vous avez lu le paragraphe ? Méditons frères et soeurs, et prenons
en de la graine, modestement et humblement. Si la loi belge était appliquée en
France, les abstentionnistes de l'élection cantonale de dimanche auraient dû
payer une amende pour défaut de vote, le montant total des amendes payées -
pour le seul canton nord-ouest serait compris entre :
- 261 748,50 € (amende à 25,00 €) et
- 523 497,00 € (amende à 50,00 €), ce qui ne ferait pas de mal aux caisses de l'Etat, en ces temps de disette des finances publiques...
En gros, un peu sur le principe du pollueur-payeur, là, pour chaque scrutin
électoral, ça serait le principe de l'abstentionniste-payeur :
ainsi, on récolterait de l'argent qui permettrait de prendre en charge tout ou
partie des frais d'organisation... d'élections. CQFD !
Ah ! la Belgique : un pays petit par sa surface, grand par sa culture
mais surtout, d'un pragmatisme et d'une singularité à toute épreuve
!
Commentaires
Charles, dans mon compte rendu d'assesseur, j'ai oublié aussi de parler des « ah ouf, plus de machines »/« quel tristesse de revenir au vote papier », j'y ai eu droit aussi.
En revanche, et bien que je mette les pieds pour la première fois de l'autre côté du Bd Charles de Gaulle (bah oui, je ne suis pas un Colombien de longue date), je n'ai eu droit à aucune remarque sur mon statut allogène.
(Accessoirement, je ne pense pas avoir écrit que le résultat était plié – je n'ai pas beaucoup lu ça, d'ailleurs, contrairement à ce que tu affirmes –, mais il faut tout de même reconnaître que Bernard Lucas est très favorablement placé pour remporter l'élection. Par ailleurs, je n'ai pas très envie d'être respectueux des second-touristes et je suis favorable depuis des années à une solution à la belge).
Ah oui, et j'ai regretté de ne pas avoir d'assesseur Modem avec qui bavarder, d'ailleurs, je n'ai pu échanger que quelques mots avec Michel.
Au-delà d'une solution "à la belge" il y en aurait une autre : l'annulation pure et simple d'un scrutin - quel qu'il soit - si le vainqueur ayant obtenu 50 % des suffrages exprimés + 1 voix n'a pas réuni - par exemple - 20 % des voix des électeurs inscrits. En effet, c'est le seuil qui permet - dans l'exemple d'une élection cantonale - au candidat arrivé le premier à l'issue du premier tour ET qui a réuni un minimum de 20 % des votes des électeurs inscrits d'être élu au premier tour. C'est sans doute une piste à creuser...
Quant au fait qu'il n'y ait pas eu d'assesseur du MoDem dans ton bureau de vote, j'en suis navré mais nous sommes encore forts jeunes et invitons toutes les bonnes volontés à nous rejoindre (et allez un peu de retape...). N'oublie pas qu'avant de devenir le PS, la SFIO faisait moins de... 10 % à Colombes (cf. le blog d'Alexandre Laignel). Une autre fois peut-être ?
L'ultime solution Charles aurait été que cette élection ne soit pas. Philippe Sarre a cumulé pendant un an, a-t-il mal fait son travail pour autant? Il ne lui restait que 2 ans à faire. Il y a des promesses à ne pas faire avant d'avoir tourné sa langue sept fois dans sa bouche. Les colombiens ne sont pas idiots et l'abstention est un signe de bonne santé mentale des électeurs. On pouvait lire sur un blog de Colombes que cette élection ne changera rien à la vie du canton compte tenu de la majorité écrasante de la droite au département. C'est vrai. Mais j'ai soutenu qu'il y avait de quoi voter pour s'exprimer sur.......
Les gens aiment les élections dont le scénario est ficelé à la manière des films à suspens. Or, il n'y avait pas de doute que le canton resta à Gauche.
Je ne pense pas que le maire ait mal de tenir ses engagements, c'est si rare en politique. Hier soir, chez F. Taddeï, l'invité était F. Bayrou. Il revenait sur la position qu'il a exprimée publiquement quant à sa "consigne" de vote pour le second tour de l'élection présidentielle. Il l' expliquée de la façon suivante : "[...] avec S. Royal j'avais un problème de programme ; avec N. Sarkozy j'avais un problème de valeurs". Il faut donc en conclure que sur son échelle, le respect de "valeurs" lui étaient plus important que le partage d'un "programme".
Tout ça pour dire, qu'à court terme F. Bayrou et P. Sarre ont agi d'une manière qui n'a pas été forcément comprise, admise ou partagée par les électeurs mais sur le long terme, la réintroduction d'un chouïa d'éthique dans leurs discours et leurs actions respectifs ne pourra que servir la politique et les politiques, en général. En recueilleront-ils les fruits, à leurs niveaux respectifs ? Les électeurs décideront.