"Nécessité fait loi"
Par Charles le mardi 19 mai 2009, 07:36 - Colomblablabla - Lien permanent
Jugez-en par vous-mêmes : et vas-y que je me marie, que je suis confirmé ou
que je primocommunie à tour de bras, que je respire les douces effluves du
muguet à plein ballons tout en faisant le pont (l'aqueduc ?) de l'Ascension.
Rien que de très banal pour toute personne habitant en France, un cas d'école
pour les visiteurs étrangers, parfois un peu déroutés (au sens figuré mais
aussi au sens propre si, au même moment, les aiguilleurs du ciel avaient l'idée
de bloquer les avions par un "mouvement" social).
Le mois de juin ne sera pas en reste et le programme sera aussi chargé en
réjouissances - les "ponts" en moins - avec pêle-même : la fête de la Cerise,
la fête des Voisins et celle des Quartiers, la fête des Mères et le même jour,
les élections européennes, mais c'est aussi, pour beaucoup de paroisses et
d'écoles (publiques ou privées) le grand moment de se fêter avec la
traditionnelle kermesse.
Enfant, à Nice, j'adorais ces moments de réjouissance partagés. D'ailleurs,
j'étais bien servi, puisque le groupe scolaire (deux écoles primaires, une
école maternelle et une école d'adaptation pour enfants en difficulté) où j'ai
méticuleusement usé les genoux de mes pantalons à en engraisser toutes les
merceries du quartier ; la paroisse où je servais la messe chaque
dimanche - plus pour faire plaisir à ma grand-mère maternelle brigasque et fort pieuse, que par
attachement à un déroulé liturgique que je trouvais tellement pompeux et
inutilement baroque - , et le groupe des Scouts de France où j'ai passé des
années parmi les plus belles et les plus mémorables de ma vie, organisaient
chacun leur propre kermesse annuelle !
Que ce soit pour mon école laïque, ma paroisse ou mon groupe scout, l'objectif
était double.
Le premier était de rassembler tous les acteurs du quartier qui le souhaitaient
(enseignants, religieux, bénévoles, parents, enfants, habitants, commerçants,
mais aussi les commères du quartier...), un même jour, en un même lieu pour les
connaître et se faire connaître, accueillir les nouveaux d'entre eux, partager
ensemble un peu d'émotion ou d'éclats de rire en voyant les actions réalisées
ou les spectacles interprétées par les enfants ou les bénévoles. L'atmosphère
détendue et bon enfant se prolongeait autour d'un repas "pris sur le pouce". Ah
chipolatas et merguez grillées ! Mmmhhh la grattakeka qui n'avait d'égale
que la fraîcheur sucrée des tranches de melon de Cavaillon ou de pastèque de la
plaine du Var, que nous engouffrions goulûment à la buvette...
Le second objectif - lever des fonds - n'en était pas moins utile puisqu'il
permettait d'acheter des livres pour la bibliothèque de l'école ou de remplacer
l'antédiluvien appareil de projection du ciné-club par un bien moderne
magnétoscope, de donner un coup de peinture dans l'église ou de lui permettre
de poursuivre ses diverses actions caritatives et de soutien dans l'épreuve, et
d'acheter de nouvelles canadiennes (attention hein ! les scouts n'ont
jamais donné dans la traite des blanches mais simplement dans de saines
activités de plein air : jeux de piste, campisme et froissartage, youklaïdou
youklaïda !) ou de payer - en toute discrétion - une partie importante du
camp d'été à ceux dont les parents connaissaient des difficultés financières
et, j'en ai été, bien plus d'une fois...
Le plus intéressant, c'était que bien qu'il s'agissait de trois kermesses
distinctes les unes des autres, la directrice de l'école, le curé et le chef de
groupe scout, chaque année se rencontraient et convenaient ensemble - et ce, en
bonne intelligence - des dates auxquelles se tiendraient respectivement chaque
fête pour qu'il n'y ait aucune forme de concurrence inutile entre-elles et
permettre ainsi à chacune de se doter des moyens de faire, non seulement le
plein de public, mais aussi d'espèces, que toutes trois voulaient sonnantes et
trébuchantes !
Cette année, j'ai eu un choc - en comparaison avec tout le laïus
précédent de la séquence "souvenirs souvenirs" - lorsque j'ai entendu ce que
j'ai entendu de la part de parents d'élèves de l'école maternelle Maintenon, où
est scolarisée ma benjamine : il n'y aura pas de fête de l'école parce
que les enseignants ne sont pas payés pour faire du bénévolat un samedi matin,
depuis la mise en place de la semaine de quatre jours. Ah bon ? Et
quid de la kermesse, alors ? Les enseignants aideront le jour de la
kermesse mais refusent - au nom du principe évoqué précédemment - de
s'impliquer dans le travail d'organisation de cette dernière, préférant laisser
toute latitude aux parents d'élèves et au directeur de l'école, qui est bien
courageux, comme il l'a montré à l'occasion de la dernière petite librairie,
organisée le week end dernier... Déjà que du temps de mon aînée (aujourd'hui au
primaire) je ne comprenais pas pourquoi dans cette école maternelle on
dissociait le spectacle des enfants de la kermesse proprement dite, là
on frise le mur du çon !
Pourquoi ? du simple point de vue pratique, tout d'abord. Lorsque vous
organisez le spectacle des enfants, les familles viennent en masse et
de façon élargie : l'unité de base (père, mère, frères et soeurs) mais
aussi souvent, toute la parentèle disponible ce jour-là : tontons, taties,
cousins et cousines, grand-parents... avec force appareils photo et caméscopes.
Ca fait donc du monde qui va apprécier les déguisements hasardeux, les pas
chassés maladroits, les chansons massacrées mais tellement belles parce que ce
sont des, nos ou vos enfants qui les interprèteront ! Ce qui compte, plus que
la qualité artistique c'est de rire ou d'être émus tous ensemble, et de
partager un moment de convivalité, devenus si rares en notre
période de crise, non ?
De plus, d'un point de vue pratique cela fait beaucoup de "clients"
potentiels pour la buvette (même s'il paraît qu'il y a un débat
empoisonnant sur le fait que les merguez seront hallal ou pas et ce, dans une
école laïque et républicaine, bigre !), le chamboul'tout ou le
coupe-ficelle... et donc beaucoup de recettes pour la coopérative
scolaire. Aussi, je m'étonne qu'à Maintenon maternelle, il soit
impossible de faire ce qui sera étrenné cette année à Maintenon primaire :
faire une grande kermesse festive le même jour avec regroupant
spectacle et jeux.
"Rassurez-vous, le programme est bien appliqué : vos enfants ont bien des
activités de chant et de danse, conformément aux textes
officiels"... c'est bien dommage, nous n'en saurons rien, sinon de
façon fugace mais pas de façon festive et rassemblée...
Oh c'est sûr, c'est plus simple, chaque trimestre de faire
passer la petite note par laquelle on demande de l'argent pour alimenter la
caisse de la coopérative de l'école maternelle. Il faudra que je pense à
demander un R.I.B., tiens, comme ça je pourrai verser quelque chose
via Internet, sans devoir remettre à l'enseignant un chèque ou des
espèces en mains propres. Le contact humain, c'est finalement si inutile et
puis bavarder 5 mn avec l'instit', ça pourrait me faire arriver en retard au
travail, et mon employeur n'aime pas ça. Pourquoi perdre mon
temps ? Je ne suis pas payé pour... Belle
mentalité.
Consternant, lamentable, triste... les qualificatifs me manquent, je vous
laisse en trouver. Le plus drôle c'est que la motivation première des tenants
de ce discours - leur fameuse (fumeuse ?) "défense des
intérêts de l'enfant" (qu'on entend ad nauseam comme un
leitmotiv à l'occasion de leurs grèves, sans service minimum garanti,
à Colombes) - ne semble pas perdurer en dehors du cadre strict de la semaine de
quatre jours, ne serait-ce que dans la perspective de la préparation de ce
qui - un seul samedi de juin - clora une année scolaire.
Bien entendu, il ne faudra pas s'attendre à des recettes mirobolantes. Et qui
lancera des soupirs plaintifs parce que la recette de cette année sera très
largement inférieure à celle de l'an dernier et que cela fera moins de moyens
pour la coopérative ? Je vous laisse deviner... En attendant, je ne suis pas
sûr d'avoir très envie d'y aller.
Fort heureusement, à Colombes ou ailleurs, d'une école à l'autre, d'un
enseignant à l'autre, ça peut être complètement différent. Ne généralisons pas.
Mais n'est-ce pas là un exemple criant qui dénote d'une individualisation
croissante de notre société et d'un repli sur soi ? Une telle attitude risque
quand même de démotiver pour longtemps les membres des diverses associations de
parents d'élèves, au sein de cette école maternelle. C'est très
regrettable.
Commentaires
Charles, Un sujet qui me touche personnellement dans la mesure où je suis instit en maternelle. Il faut comprendre cette réaction, même si les gamins trinquent. A force de jouer sur notre conscience professionnelle, on nous a fait avaler pas mal de couleuvres, de chapeaux et j'en passe. Nous faisons notre métier dans des conditions de plus en plus difficiles: classes surchargées, moyens humains en baisses, programme de plus en plus lourd et salaire en baisse au regard de l'inflation. La grève du Zèle, c'est tout ce qui nous reste. La société nous méprise alors qu’on faisait le plus beau métier du monde. Tout travail mérite salaire, qu’est-ce qui empêche l’Etat de payer des heures sup « pour travailler plus et gagner plus ».
Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant de laisser les parents prendre en charge une matinée une kermesse pour le grand plaisir de leurs chers têtes blondes.
Il ne faut pas tout mélanger, ce qui est le cas à travers cet exemple malheureux. Là, en refusant purement et simplement de permettre aux familles d'apprécier - sous forme d'un spectacle vivant - les chants, les danses, etc. des enfants, on est dans une sorte de corporatisme pur et dur et c'est navrant. Parle-t-on de travailler tous les samedis gratuitement ? Non. Il s'agit d'une forfaiture pure et simple, à assimiler -moralement- à une sorte d'abandon de poste.
En outre, tel que tu l'écris toi-même, "une matinée de kermesse" me semble bien peu de chose pour qui voudrait ramener un maximum d'argent pour l'établissement. Pour cela, "une journée" semblerait bien plus propice...
Bien entendu, tel que décris ton vécu d'enseignant, on peut comprendre que vous soyez en rogne contre la politique gouvernementale actuelle, trouver qu'on manque de moyens, etc. et le faire savoir au moyen, par exemple, de la grève ou de la manifestation. C'est votre droit. Par contre, refuser de présenter les travaux des élèves, c'est, dans l'opinion publique, à la petite échelle de notre école maternelle Maintenon, faire tout simplement le jeu du gouvernement. Est-ce le but recherché ?
De plus, bon nombre de parents d'élèves, de quelque association que ce soit sont particulièrement démotivés. Et donc, qui dit parents d'élèves démotivés dit moins de sous qui rentreront lors de la prochaine kermesse... Or, l'enseignant que tu es sait que l'argent récolté à la kermesse permet - de facto - de suppléer bon nombre de carences financières...
Mais je le répète, c'est différent d'une école à une autre puisqu'à Maintenon primaire, c'est l'inverse : le spectacle des enfants aura lieu le jour de la kermesse commencera le matin et durera au minimum jusqu'à 15 heures.
Laquelle des ces deux écoles fera "le carton plein" ? de joie, de bonne humeur partagée entre tous (parents, enseignants, élèves) et... d'argent pour la coopérative scolaire ? Je te le laisse deviner...
Et pour terminer, en parlant de "carton plein" il y a une institution dans cette même école primaire qui rapporte beaucoup chaque année : le loto annuel ; ce dernier étant organisé, géré... en plus de la kermesse !
Pour te rassurer, je serai présent à la kermesse de mon école le samedi 13 juin.
J'allais oublier, notre temps de travail est sans cesse remis en cause. Je suis en primaire pour être présent auprès de mes filles le mercredi. Or, on nous oblige à venir à des réunion des mercredis là où jadis on venait le samedi . Comment je fais avec mes filles qui ont des activités ce jour-là. On s'en fout royalement. Ce samedi matin est sans doute la petite goutte de trop. C'est navrant pour les enfants mais comme tu l'as dit, il ne faut pas faire des généralités.