Le sport amateur subventionné ne devrait-il pas être exempt d'idéologie ?
Par Charles le mardi 22 septembre 2009, 12:00 - Colomblablabla - Lien permanent
Les 12 et 13 septembre dernier, nous étions quelques courageux à faire signer aux passants la pétition pour le maintien à Colombes du Racing-Métro 92, rue Saint-Denis.
Les uns acceptaient bien volontiers, et pour certains, se fichant même comme
d'une guigne du sport en général mais conscients de la visibilité positive
qu'offrent respectivement à notre ville, ce club de rugby mythique créé en 1882
(le plus ancien de France !) et le stade olympique Yves-du-Manoir ; les autres
refusaient et c'est le droit le plus strict !
Passa alors un quidam à qui je posai la question rituelle : "Bonjour Monsieur
voulez-vous signer la pétition pour le maintien du Racing-Métro 92 à Colombes"
? Le quidam - ce que je ne savais pas - se trouvant être le dirigeant d'un
important club omnisports colombien dont le sigle est tel qu'un dyslexique
pourrait le confondre avec celui du club de football professionnel de
Lille-Métropole, me répondit avec un sourire franchement narquois que si le
Racing, qui était un club de "riches" et pour lequel "il faut payer pour faire
du sport", souhaitait partir à Nanterre "et bien tant mieux" car ce qui
l'intéressait lui et son club c'était de faire faire du sport "aux gamins des
cités".
Je suis resté pantois. Si on peut tout-à-fait réprouver que le rugby ait pris
le virage du professionnalisme dans les années quatre-vingt-dix (c'est
d'ailleurs encore et toujours un vieux débat parmi les amoureux du rugby : les
uns regrettant le rugby amateur "à la papa", les autres estimant que pour faire
progresser le jeu et les joueurs, il faut que ces derniers s'y consacrent à
plein temps) et donc se féliciter qu'un club professionnel et en
l'occurrence, le SASP Racing-Métro 92 - société anonyme sportive et non plus
association à but non lucratif, quitte Colombes pour Nanterre (vous aurez
compris que ce n'est pas mon opinion !), on aurait dit qu'il mélangeait
tout et que dans son esprit embrouillé, il mettait dans la même valise en
partance prochaine pour Nanterre, à la fois le club professionnel (Racing-Métro
92) et à la fois le club amateur (Racing club de France).
C'est bien connu, les enfants de Colombes et d'ailleurs, qui fréquentent
l'école de rugby ou les autres sections de jeunes du Racing club de France ont
tous des parents ministres, capitaines d'industrie, sont tous nobles et se
rendent aux entraînements en double phaéton, Rolls Royce ou en Facel-Véga !
pendant que leurs têtes forcément blondes et aux cheveux bien lisses pataugent
dans la boue, en singeant leurs preux chevaliers d'ancêtres, leurs mamans
devisent en buvant du champagne Krug demi-sec et ce, en gobant des oeufs
d'esturgeon bio équitables, grain par grain...
Et moi qui croyait naïvement qu'un club sportif amateur et subventionné, qui
plus est, était un lieu de rencontre de personnes, d'origines, de milieux, de
cultures, de convictions religieuses, politiques, d'orientations
philosophiques, culinaires, sexuelles, immobilières - ou que sais-je encore -
différents !
Finalement, on m'expliqua plus tard que le quidam avait "ses sympathies",
alors...
Si même l'idéologie s'insère dans la direction d'associations sportives
amateurs subventionnées, où va-t-on ? Va-t-il y avoir prochainement un club de
patinage artistique radical de gauche ? un club de catch centriste ? un autre
de tae kwon do écologiste ? un club de hockey sur gazon libéral ? et les
conservateurs ? vont-ils pouvoir enfin pratiquer le kite surf sur la Seine ? A
quand un club pour les pongistes royalistes ? Et les joyeux alpinistes
trotskystes, alors ? Où vont-ils pouvoir ranger les cordes, leurs mousquetons,
leurs baudriers et leurs... piolets ? Piolétaires de tous pays : unissez-vous
!
Commentaires
Charles,
le sport amateur a TOUJOURS été le reflet de la vie locale, donc la politique intervient toujours à un moment ou un autre. Sans aller jusqu'aux pongistes royalistes (d'ailleurs de quels royalistes parles-tu ;-)), le club est souvent le reflet du quartier dans lequel il est né et de ses dirigeants.
En ce qui concerne le Racing (tu permets le raccourci), on peut être d'accord ou pas sur l'avenir du Racing-Metro 92 au stade Yves du Manoir, mais le Racing Club de France amateur (si c'est comme ça que j'ai compris que ça marche) doit être soutenu à Colombes. Les petits ne s'entraineront pas dans le super stade de Nanterre (ou ailleurs, Nanterre semble ne pas être une solution facile à mettre en oeuvre, ce qui serait dommage, le stade serait proche avec le nouveau Tram), mais auront besoin de pelouses où s'éclater...
Papa Troll
Papa Troll,
Tu auras compris que par "pongistes royalistes" je désignais les pongistes adeptes qui des Orléans, qui des Bourbons ! Perso, je serai plus branché catch centriste :-PPlus sérieusement, je ne nie pas la réalité sociologique irréfragable que tu énonces très clairement. Bien entendu, pour paraphraser Flaubert - à moins que ce ne soit Balzac - "le décor fait les personnages", certes. Sauf que si sur une même et seule "scène" il peut y avoir plusieurs "décors", à la fin tous les acteurs saluent le public, tous ensemble. Et bien voilà, si la "scène" est une ville ou un club de sports, c'est ce qui m'intéresse ; ce qui va permettre de rassembler des gens différents qui - a priori - n'ont rien de commun, dans un but simple et librement partagé : pratiquer une activité ensemble et pourquoi pas ? remporter un ou plusieurs matchs, puisque l'on parle ici sport !
J'ai juste trouvé la sortie verbale de ce monsieur parfaitement sectaire et inutile si - bien entendu - il a une vision "olympique" du sport mais non "politique" ; le premier qualificatif entre guillemets faisant même partie du nom de son association sportive. Bien entendu, tout un club ne saurait être réduit à un seul de ses dirigeants.
Et quand bien même, il y a effectivement des clubs sportifs dans lesquels une catégorie sociale, ethnique, culturelle, religieuse ou je ne sais quoi sont effectivement majoritairement représentés, c'est un état de fait sociologique. Lorsque cela devient comme dans la bouche de ce monsieur un simple critère permettant d'opérer un tri entre "bons" ou "mauvais" clubs - par rapport à une forme d'orthodoxie dialectique simpliste et surannée : "riches = méchants ; pauvres = gentils" (et vice versa) et ce, quel que soit le sport, je sors mon carton... rouge ! Et en faisant cela, j'ai tout-à-fait conscience aux yeux de certains, de ne finalement faire partie que des forces collaborationnistes de la ploutocratie réactionnaire à qui l'avant-garde des masses prolétaires fera rendre gorge lors du Grand Soir, puisque le camarade Khrouchtchev l'a un jour dit du haut de la tribune de l'ONU, martelant le pupitre de sa robuste chaussure soviétique : "We will bury You".
Votre pétition pour le maintien du Racing à Colombes n'est-elle pas politique ?
Il m'avait semblé qu'elle était portée par le Modem de Colombes, à l'exclusion de toute autre organisation.
Ne joue donc pas les vierges effarouchées !
Jérôme, nous avons certes initié une pétition mais ses signataires ne sont pas dupes pour autant et l'ont signé parce qu'ils sont d'accord avec notre position. Ce n'est pas pour autant qu'ils donnent un blanc-seing au MoDem, en général. Si tu savais qui l'a signé... Des gens de Gauche, de Droite, des Verts même, des anciens joueurs du Racing club de France, des Colombiens, des Perpignanais...
Quant au reste, peu importe que tel ou tel club ne soit finalement que le vecteur de telle ou telle idéologie en plus d'être une association sportive. Il suffit juste de le savoir afin de pouvoir s'en accomoder ou non.
Ce qui est dommage c'est que cela participe du maintien, voire du renforcement des invisibles mais réelles frontières entre les quartiers Sud et les quartiers Nord ; chacun restant bien tranquillement du côté de sa barrière, dans les strictes limites de sa cité de verre-bantoustan...
Le quidam dont vous parlez, si c'est celui auquel je pense, fait mourir de rire des dizaines de familles lors de son discours "Péponnesque" chaque année lors de la grand messe du LSxyz. Comme le suggèrent ses propos, je crains qu'il ne soit plus intéressé par une politique d'un autre age que par le sport.
Sinon, quiconque a vu le quartier du stade un jour de match ne peut que conclure que c'est mieux avec le Racing que sans. Question de bon sens.
Cher Houla,
Merci pour nous avoir fait partager votre expérience et ce sublimissime adjectif. "Peponnesque", je m'en souviendrai et l'utiliserai !
Pour le quartier du stade mais pour Colombes, avoir le Racing-Métro est une évidente chance. Pas plus tard que ce matin, à la lecture de mon Midi olympique du lundi, j'ai relevé 4 fois le mot "Colombes" dans les différents articles refaisant le match de samedi ! Et dans le métro(politain) ? Toutes ces belles affiches d'annonce des matchs à venir ? Que peut-on y lire ? C-O-L-O-M-B-E-S !
Et pour qui était au match samedi, entre le Racing-Métro et Montpellier, même si ce ne fut pas le match de l'année, Colombes gagna avec le Racing et à la fin du match, la foule a même envahi la pelouse, comme s'il s'agissait d'une finale de championnat ! Près de 9 000 personnes étaient là célébrant les deux équipes. Sur cette même pelouse qui m'est plus chère et plus belle que toutes les arrogantes tapisseries du château de Versailles ou du Louvre, des mômes imitaient les "gros" du Racing en formant des mêlées spontanées, rêvant eux aussi à Lo Cicero, Noirot et autres Chabal ou Raiwalui.
Allez, samedi prochain tous ensemble à yves-du Manoir pour soutenir le Racing-Métro 92 contre Montauban !