Les uns acceptaient bien volontiers, et pour certains, se fichant même comme d'une guigne du sport en général mais conscients de la visibilité positive qu'offrent respectivement à notre ville, ce club de rugby mythique créé en 1882 (le plus ancien de France !) et le stade olympique Yves-du-Manoir ; les autres refusaient et c'est le droit le plus strict !

Passa alors un quidam à qui je posai la question rituelle : "Bonjour Monsieur voulez-vous signer la pétition pour le maintien du Racing-Métro 92 à Colombes" ? Le quidam - ce que je ne savais pas - se trouvant être le dirigeant d'un important club omnisports colombien dont le sigle est tel qu'un dyslexique pourrait le confondre avec celui du club de football professionnel de Lille-Métropole, me répondit avec un sourire franchement narquois que si le Racing, qui était un club de "riches" et pour lequel "il faut payer pour faire du sport", souhaitait partir à Nanterre "et bien tant mieux" car ce qui l'intéressait lui et son club c'était de faire faire du sport "aux gamins des cités".

Je suis resté pantois. Si on peut tout-à-fait réprouver que le rugby ait pris le virage du professionnalisme dans les années quatre-vingt-dix (c'est d'ailleurs encore et toujours un vieux débat parmi les amoureux du rugby : les uns regrettant le rugby amateur "à la papa", les autres estimant que pour faire progresser le jeu et les joueurs, il faut que ces derniers s'y consacrent à plein temps) et donc se féliciter qu'un club professionnel et en l'occurrence, le SASP Racing-Métro 92 - société anonyme sportive et non plus association à but non lucratif, quitte Colombes pour Nanterre (vous aurez compris que ce n'est pas mon opinion !), on aurait dit qu'il mélangeait tout et que dans son esprit embrouillé, il mettait dans la même valise en partance prochaine pour Nanterre, à la fois le club professionnel (Racing-Métro 92) et à la fois le club amateur (Racing club de France).

C'est bien connu, les enfants de Colombes et d'ailleurs, qui fréquentent l'école de rugby ou les autres sections de jeunes du Racing club de France ont tous des parents ministres, capitaines d'industrie, sont tous nobles et se rendent aux entraînements en double phaéton, Rolls Royce ou en Facel-Véga ! pendant que leurs têtes forcément blondes et aux cheveux bien lisses pataugent dans la boue, en singeant leurs preux chevaliers d'ancêtres, leurs mamans devisent en buvant du champagne Krug demi-sec et ce, en gobant des oeufs d'esturgeon bio équitables, grain par grain...

Et moi qui croyait naïvement qu'un club sportif amateur et subventionné, qui plus est, était un lieu de rencontre de personnes, d'origines, de milieux, de cultures, de convictions religieuses, politiques, d'orientations philosophiques, culinaires, sexuelles, immobilières - ou que sais-je encore - différents ! 

Finalement, on m'expliqua plus tard que le quidam avait "ses sympathies", alors...

Si même l'idéologie s'insère dans la direction d'associations sportives amateurs subventionnées, où va-t-on ? Va-t-il y avoir prochainement un club de patinage artistique radical de gauche ? un club de catch centriste ? un autre de tae kwon do écologiste ?  un club de hockey sur gazon libéral ? et les conservateurs ? vont-ils pouvoir enfin pratiquer le kite surf sur la Seine ? A quand un club pour les pongistes royalistes ? Et les joyeux alpinistes trotskystes, alors ? Où vont-ils pouvoir ranger les cordes, leurs mousquetons, leurs baudriers et leurs... piolets ? Piolétaires de tous pays : unissez-vous !