"Rien ne me heurte comme le mépris qui sourd des propos de nos joueurs de foot et de leur entraîneur depuis le début de la Coupe du monde. Mépris des médias, mépris des braves gens qui les écoutent, mépris de la langue française réduite à des onomatopées, des borborygmes, des phrases sans verbe, des verbes mal conjugués. "Y en a qui croivent", nous dit, l'autre jour, le capitaine des Bleus. Et Ribéry, dimanche, sur TF1, a donné du monde du sport une image désolante. Ah ! ce ne sont pas nos footballeurs qui vont raviver aux yeux de la planète, le souvenir d'une langue française qui fut, durant plus de deux siècles, hors de nos frontières, adulée dans son raffinement et sa différence...

Mais il y a plus grave ! D'où vient qu'à travers eux, le sport, supposé être un espace de fête, de liberté, de légèreté, de dépassement de soi, d'orgueil, d'amitié, de courage, de fraternité, puisse soudainement se transformer en un univers où fleurissent la bêtise et la haine, les insultes et les coups bas ? Soit ! Le foot est un sport à part. Ce n'est qu'au foot que l'on voit des supporters se haïr, se foutre sur la gueule avec préméditation, proférer des insultes racistes, xénophobes et parfois mourir, sur fond de baston, de sottise insondable. Ce n'est qu'au foot, au soir des matchs, au bord des stades que l'on pourrait se croire en proie à un Etat policier. Ce n'est qu'au foot et plus particulièrement en équipe de France que l'on voit des joueurs millionnaires refuser de payer des impôts dans le pays pour lequel ils jouent et manifester, par-delà l'arrogance, aussi peu de panache, d'envie, de don de soi.

Ce n'est qu'au foot ? Voire ! N'avons-nous pas dû essuyer, l'an dernier, une affaire Bastareaud qui fit quelque peu désordre ? Et sommes-nous si sûrs que ce danger-là, qui n'est jamais que le reflet d'une société à la marge, d'une jeunesse rebelle, phagocytée par toutes sortes d'extrémismes, ne puisse nous atteindre ? La proefessionnalisation du rugby n'engendrera-t-elle pas, un jour, des joueurs incultes, décervelés, immatures ? des publics agressifs ? Des modes de communication ridicules et prétentieux ?

Aujourd'hui, on jurerait du contraire. Au nom du jeu lui-même qui induit les valeurs de solidarité et de partage que l'on sait. Au nom d'un milieu social (aucun jugement de valeur mais c'est une réalité : le public du rugby n'est pas celui du foot) peut-être plus élevé. S'il sait alors s'y prendre, assurer sa promotion, gagner le coeur des enseignants en EPS et des décideurs économiques, sauvegarder ses valeurs et continuer à parfaire mieux qu'aucun autre jeu l'éducation des enfants, le rugb y peut devenir, demain, le sport référence. Pas le premier, mais le modèle ! Les dérives du foot lui en offrent aujourd'hui l'opportunité. C'est sa chance. Et son honneur."