Ils portaient l'écharpe blanche...
Par Charles le mardi 24 août 2010, 07:57 - Tulalululu ? - Lien permanent
Aujourd'hui, nous sommes le mardi 24 août 2010. Mon agenda m'apprend que ce jour est dévolu - chez les catholiques - à l'apôtre saint Barthélémy.
Date anniversaire du massacre de sinistre mémoire (la Saint-Barthélémy) qui
eut lieu le 24 août 1572, c'est une occasion de se plonger dans la lecture d'un
livre passionnant : Ils portaient l'écharpe blanche. L'aventure des
premiers réformés, des guerres de Religion à l'édit de Nantes, de la Révocation
à la Révolution, éditions Grasset, Paris, 1998, ISBN :
2-246-55981-2.
Comme son sous-titre l'indique, il balaie le contexte culturel, religieux,
politique, économique même... avant, pendant et après les guerres de Religion
durant lesquelles ce tragique massacre fut perpétré avec le soutien tantôt
implicite tantôt explicite de tout ou partie du pouvoir royal, celui des
Valois, dynastie régnant alors en France...
Voici un extrait particulièrement poignant :
Au fait, j'ai oublié d'indiquer le nom de l'auteur de cet excellent livre d'histoire. Il s'agit du plus navarrophile des Béarnais, qui nous avait déjà régalés de son Henri IV, le roi libre. Vous ne voyez toujours pas ? Cliquez par-là et vous aurez la solution !"Le 23 août au soir, sur le coup de minuit, alors que commence la Saint-Barthélémy, le tocsin sonne [N.B. celui de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois]. C'est le signal. Le massacre "préventif" des protestants a été décidé. De partout, dans Paris, convergent les troupes des Guises, un linge blanc au côté, une croix au chapeau en signe de reconnaissance, soutenues et organisées par la municipalité de la ville, par le prévôt des marchands. On donne ordre de ne laisser aucun des protestants sortir du Louvre. Et une escouade exaltée se précipite, précédée d'un brouhaha d'émeute, dans la lueur fumeuse des flambeaux, vers la maison de Coligny. La porte est forcée, et plusieurs suisses qui la gardaient tués en la défendant. L'amiral qui avait d'abord cru que c'était au roi qu'on en voulait a tout compris. [...] Alors l'horreur se déchaîne. Le corps [N.B. de l'amiral Gaspard de Coligny] est jeté par la fenêtre, la tête coupée pour être envoyée à Rome dira-t-on, les membres dépecés, la dépouille traînée dans les rues par des gamins, objet d'un simulacre de jugement, jetée à la Seine, repêchée, pour être pendue enfin à Montfaucon.
Et, dans le même temps, les massacres ont commencé. Systématiquement, les nobles qui avaient accompagné Henri [N.B. le prince Henri de Navarre, futur Henri IV] pour ses noces [N.B avec Marguerite de Valois dite la reine Margot, soeur du roi Charles IX] sont assassinés. Massivement, les maisons des protestants connus sont envahies et leurs habitants passés par les armes. Au hasard, dans les rues, sur les places, tout ce qui déplaît, tout ce qui ne ressemble pas exactement à un catholique parisien est assailli et tué. Et puis, les vieilles querelles, les vieilles haines recuites trouvent là un prétexte utile. Tout ce qui était haï devient huguenot, un débiteur, un voisin mal embouché, un rival amoureux. Bain de sang. Ivresse de meurtres. Périrent ainsi, outre Coligny, Téligny, Caumont-la-Force, La Rochefoucauld, le grand philosophe Ramus (Pierre de la Ramée), des milliers et des milliers de femmes et d'hommes passés à la Réforme, des centaines de cadres du mouvement.
Le roi [N.B. Charles IX] est repris par l'exaltation sanguinaire. On assure l'avoir vu "giboyer",tirant, comme à la chasse le gibier, sur les protestants, vivants qui dans la rue s'efforcent de fuir, ou morts, dérivant sur la Seine. [...] Le nombre total des victimes de la Saint-Barthélémy sera d'au moins trois mille à Paris, d'au moins trente mille en province. Plus une : la royauté ou du moins la dynastie des Valois. Car la tache sur le manteau royal est désormais ineffaçable. Au lieu de la main de justice, la monarchie a tenu le poignard assassin. Au lieu d'être l'arbitre, elle a justifié une faction. Elle ne sera plus, du moins avant la grande rupture, avant la punition de la Providence, le lieu de rassemblement, le lieu d'apaisement où se résolvent les conflits de la nation. Elle sera désormais, elle-même, un clan, un parti".
Commentaires
Quelqu'un m'a dit que parmi les livres que cet auteur a écrits, "Ils portaient l'écharpe blanche" est celui dont il est le plus fier, bien qu'il soit resté inaperçu du grand public en comparaison de "Henri IV". Je l'avais en tout cas lu avec grand plaisir et intérêt.
Bonjour FrédéricLN,
Il peut en effet être très fier d'avoir écrit ce livre et ce, tant pour la qualité de son étude historique mais surtout pour la manière dont il arrive à vous prendre par la main et à vous y plonger avec gourmandise. C'est simple : je l'ai dévoré !
Bien plus, au-delà du simple contexte qu'il étudie, allant en gros des débuts de la Réforme à la Révolution française, on trouve, ici ou là, des phrases presque intemporelles (cf. notamment dans le dernier paragraphe : "Car la tache sur le manteau royal ... Elle sera désormais, elle-même, un clan, un parti".